Mes questions à Denis Coderre

Ce texte a d’abord paru dans le journal Metro Montréal le 16 mai 2013.

Le député libéral fédéral de Bourassa, à Montréal-Nord, Denis Coderre, annonce officiellement aujourd’hui sa candidature à la mairie de Montréal.

Coderre est un politicien de profession. Avant d’être élu une première fois en 1997 comme député fédéral, il avait mordu la poussière trois fois en 1988 dans Joliette, en 1990 dans Laurier-Sainte-Marie contre Gilles Duceppe et en 1993 dans Bourassa contre Osvaldo Nunez du Bloc québécois.

Réélu depuis à six reprises, Coderre a été secrétaire d’état au Sport amateur puis comme ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration.

Coderre était membre du gouvernement Chrétien à l’époque du scandale des commandites.

Malgré le fait que l’on connaisse peu de choses de ses ambitions pour la métropole, un sondage le crédite du tiers des intentions de vote.

Ce sondage révèle cependant que près de 30 % des électeurs n’ont pas encore fait leur choix et que 70 % des répondants pourraient encore changer d’avis. Louise Harel récolte 15 % des appuis et Richard Bergeron 18 %. Si Michael Applebaum est sur les rangs, celui-ci récolterait 17 % du vote et l’appui à Coderre baisse à 20 %. Les jeux sont loin d’être faits. Mais sa position de tête nous autorise à soulever des questions.

L’une des principales qualités requises pour gouverner Montréal est l’intégrité. C’est pourquoi M. Coderre devra rapidement faire la lumière sur ses relations, lorsqu’il était ministre de Jean Chrétien, avec les protagonistes du scandale des commandites.

Comme candidat dans Bourassa, a-t-il déjà eu recours aux services d’organisateurs clés-en-main ou de collecteurs de fonds aujourd’hui cités à la commission Charbonneau ? Quelles furent ses relations avec Frank Zampino, avec Tony Tomassi ? A-t-il reçu l’appui de la firme Roche ou d’autres firmes pour le financement de ses campagnes électorales ?

Au-delà de ce thème central de la prochaine campagne, nous aimerions connaître sa vision du développement de la Ville, du transport en commun, de la place des arts dans le développement, du rôle des arrondissements, de l’apaisement de la circulation automobile dans les quartiers centraux, du fait français.

Est-il bien placé pour mobiliser les Montréalais : Quelles sont ses relations avec les universités ? Quels sont les leviers de développement économique de la ville selon lui ? Quelle place pour l’économie sociale et l’action communautaire ? Comment assurer un logement adéquat pour les plus démunis ? Connaît-il Culture Montréal ? Que pense-t-il de l’Office de consultation publique ?

Comment croit-il pouvoir faire travailler sous sa gouverne un conseil de ville divisé ? Pourquoi les écologistes devraient lui faire confiance ? Et comment cet ancien militant de Jean Chrétien voit-il ses relations avec un gouvernement souverainiste à Québec ?

Et vous, qu’aimeriez-vous savoir ?

Ce texte a d’abord paru dans le journal Metro Montréal, le jeudi 9 mai 2013

Quel est le portrait-robot du maire idéal pour Montréal ? La Chambre de commerce a publié à un avis de recherche. Or le maire parfait n’existe pas. Il n’y aura pas de sauveur pour la métropole.

À six mois du scrutin du 3 novembre, l’arrivée d’une nouvelle figure dans la course devient de moins en moins probable. Il faut du temps, de l’argent, des appuis, des militants et un programme pour faire campagne. Rien de cela ne s’improvise. Le prochain maire de Montréal sera vraisemblablement choisi parmi ceux dont on connaît déjà les intentions.

Les critiques ont déjà décidé que la population ne voudrait pas de Louise Harel et de Richard Bergeron et ils supputent sur la capacité de Denis Coderre (dont on attend l’annonce le 16 mai) à soulever les passions montréalaises. Et peut-être Michael Applebaum voudrait-il, après un an d’intérim, de tenter sa chance.

Pour ma part, j’estime que les dés ne sont pas jetés.

Chacun des quatre candidats dispose d’un réseau d’appuis même si aucun ne s’impose pour l’heure. L’électorat sera sans doute fragmenté, comme il le fut aux dernières élections provinciales. À ce jeu, tout est possible.

Mais le vainqueur n’aura pas rallié la majorité des électeurs. Ce qui donne un premier critère de sélection : quel candidat est le plus apte à rassembler un conseil de ville divisé ?

Le principal critère d’élection du prochain maire de Montréal sera cependant à mes  yeux sa capacité à redonner confiance dans l’intégrité de nos institutions.

Nous aimerions tous avoir un maire visionnaire, qui projette pour Montréal un avenir grandiose. Mais pour le moment, ce qui va compter le plus après le dépôt du rapport de la Commission Charbonneau, ce sera de faire le ménage, d’éloigner des réseaux de pouvoir les fraudeurs, corrompus et mafieux qui en profitent depuis des années.

Pour faire ce travail, il faut une grande force de caractère, une capacité à affronter l’adversité, de l’expérience politique, une réputation d’intégrité et de la détermination. Il faut aussi ne rien devoir à personne.

Nous ne voudrions pas toutefois d’un maire de transition. Montréal doit continuer à se développer. Le rétablissement de la confiance et la capacité à rassembler sont déjà deux conditions de développement.

Pour le reste, le prochain maire devra pouvoir faire deux choses : il doit d’abord être en mesure de défendre les intérêts de Montréal dans le cadre des grands projets (hôpitaux universitaires, échangeur Turcot, pont Champlain, etc.) pilotés par Québec et Ottawa.

Et puis il doit mobiliser les Montréalais qui, déjà, dans le secteur privé, le secteur public ou les milieux communautaires, sont à l’œuvre pour faire de Montréal une métropole d’avenir.

Cet article a d’abord paru dans le journal Metro de Montréal le 2 mai 2013.

Nous avons tous été heurtés par les propos de Gilles Cloutier à la Commission Charbonneau cette semaine. À entendre cet ancien collecteur de fonds, les partis politiques seraient financés essentiellement par les entreprises, en contournant la Loi adoptée en 1977 sous René Lévesque pour mettre fin aux caisses occultes.

La loi, qui vient d’ailleurs d’être resserrée, prévoit en effet que seuls les électeurs peuvent contribuer à des partis politiques. Mais Gilles Cloutier nous annonce qu’à peine deux ou trois ans après son adoption, les vieux routiers comme lui avaient trouvé le truc pour la contourner, en utilisant des prête-noms par exemple.

Selon Cloutier, pas plus de 10 % des dons faits à des partis politiques au niveau municipal, guère plus de 20 à 30 % au niveau provincial, seraient faits par du « monde ordinaire », c’est-à-dire des citoyens comme vous et moi qui contribuent à un parti par conviction et engagement. Tout le reste serait du financement illégal.

On peut prendre le témoignage de cet organisateur pour vérité. Mais je ne suis pas prêt à accepter la parole d’un homme corrompu pour argent comptant. J’aimerais que ses propos fassent l’objet de vérification.

Que la loi fut contournée, personne n’en doute. C’est d’ailleurs pour cette raison que le gouvernement actuel a modifié la loi pour limiter la valeur des dons individuels, rendre plus difficile l’usage de prête-noms et augmenter la proportion du financement des partis provenant directement des fonds publics.

Mais que cette pratique illégale soit devenu la norme reste à prouver. Donner raison à Gilles Cloutier revient à baisser les bras devant ceux qui contournent la loi et détournent de son sens la participation démocratique.

En 2010, l’Institut du Nouveau Monde avait organisé pour le compte du Directeur général des élections du Québec un jury de 12 citoyens qui se sont prononcés sur le financement des partis politiques.

Ceux-ci, provenant de divers milieux, avaient rejeté l’idée de laisser les entreprises financer les partis politiques. Ils avaient tout autant rejeté le principe que le financement des partis soit entièrement étatique.

Ils défendaient «la noblesse de l’action politique» et «la grandeur de l’acte qui consiste à contribuer à la vitalité politique de notre société» par le don en argent ou le bénévolat. Nous connaissons tous des dizaines de personnes qui donnent de leur temps et de leur argent pour soutenir le parti de leur choix. Le témoignage désinvolte de Gilles Cloutier est une insulte à l’endroit de ces dizaines de milliers de militants.

La démocratie doit être plus forte que la corruption. La démocratie compte sur nous pour démentir, par nos engagements individuels, la parole d’un corrompu.

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Cet article a d’abord paru dans le journal Metro de Montréal le 25 avril 2013.

Deux Québécois sur trois considèrent l’utilisation d’une automobile comme une nécessité absolue, selon un sondage réalisé en 2010 pour les Rendez-vous de l’énergie. Réduire la consommation de pétrole est impossible, à leurs yeux.

Or ce pétrole, nous l’importons en totalité et on estime à 14 milliards de dollars par année le coût de cette source d’énergie.

La consommation de pétrole, et en particulier au Québec l’usage de l’automobile, sont parmi les principales causes du réchauffement climatique.

Mais ce n’est pas demain que l’on réussira à se passer du pétrole. On a peut-être découvert des gisements en Gaspésie et à l’île d’Anticosti. Pour encore longtemps, il faudra importer celui-ci.

Il est question d’inverser la canalisation du pipeline Enbridge pour faire circuler du pétrole en provenance d’Alberta, jusqu’à Montréal puis Québec. On parle de l’écoulement de 300 000 barils par jours.

Il s’agit d’un projet qui soulève, bien entendu, de nombreuses questions liées autant à la sécurité des populations vivant à proximité du pipeline qu’à l’impact sur l’émission de GES. D’aucuns opposent les emplois à l’environnement. L’argument de la souveraineté énergétique est aussi évoqué.

Pour répondre à ces questions, il n’est pas nécessaire d’être un technicien expert car celles-ci portent surtout sur les impacts économiques, sociaux et environnementaux d’un tel projet. Les citoyens sont, de ces sujets, les meilleurs arbitres.

Or l’Office national de l’énergie, qui doit mener des consultations sur ce projet, vient de publier les règles de participation à l’audience. Ces règles limitent la participation aux personnes capables de démontrer, en remplissant un formulaire de dix pages, soit qu’elles sont «directement touchées» par le projet (un critère mal défini), soit qu’elles détiennent une expertise sur ce sujet.

Ces nouvelles règles découlent du projet de loi C-38 du gouvernement Harper et constituent un recul démocratique car des citoyens se verront privés de leur droit de participer au processus de consultation. Ensuite, on leur reprochera de manifester dans les rues ?

Il y a longtemps que l’on sait que la meilleure façon d’arbitrer les intérêts dans des projets comme ceux-ci, est de consulter les citoyens dans le cadre de processus ouverts et transparents, qui obligent les promoteurs à dévoiler l’ensemble des informations pertinentes sur leur projet, et qui permettent à toute personne désireuse de se prononcer de le faire par des moyens faciles d’accès.

À la question «êtes-vous pour ou contre un pipeline», ma réponse sera toujours : ça dépend. Ça dépend des impacts, ça dépend du coût, des buts du projet, des retombées économiques et sociales. Mais ça dépend aussi des autres scénarios qui pourraient m’être proposés pour répondre aux besoins énergétiques de notre société.

Un gouvernement responsable et visionnaire ouvrirait le débat pour s’assurer, en bout de ligne, de prendre la meilleure décision.

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Cet article a d’abord paru dans le journal Metro de Montréal le 18 avril 2013.

Justin Trudeau peut n’afficher que son prénom sur ses pancartes, son patronyme est lourd d’histoire. Et il ne peut y échapper. L’influence de son père fut immense. Premier ministre du Canada de 1968 à 1984, Pierre Elliott Trudeau fut l’un des plus illustres metteurs en scène et l’un des plus grands acteurs du drame politique canadien de la deuxième moitié du vingtième siècle. Il a façonné ce pays. Mais ce faisant, il a soulevé des forces contradictoires contre lesquelles son fils doit maintenant se battre pour redonner le pouvoir à son parti.

Le politologue Guy Laforest a déjà écrit que Trudeau avait été notre de Gaulle et notre Roosevelt. Il était un courant d’air frais au moment où le Canada sombrait dans l’ennui. Il incarnait une vision de ce pays au moment où celui-ci cherchait une façon de se définir dans l’ombre des États-Unis et sous la menace d’un nationalisme québécois de plus en plus affirmé.

Son héritage reste mitigé. Dans sa quête d’unité, il a nourri le sentiment d’aliénation dans l’Ouest et le nationalisme au Québec. Il voulait un pays bilingue d’un océan à l’autre et l’épanouissement des francophones: nous récoltons aujourd’hui les fruits d’une assimilation soutenue et le déclin du bilinguisme officiel. Il a mené une politique économique nationaliste : nous vivons aujourd’hui dans le libre-échange. Une tache à son dossier: grand défenseur des libertés civiles, il a fait emprisonner injustement, durant la Crise d’octobre, en 1970, des centaines d’intellectuels québécois.

Mais l’héritier devra surtout faire face aux forces qui se sont exprimées en réaction aux volontés de son père. En rapatriant la Constitution canadienne de Londres en 1982 et en l’assortissant d’une Charte des droits, Trudeau a offert aux Canadiens dispersés un pays dont ils n’avaient pas tous conscience. Sa volonté s’est toutefois heurtée à un nationalisme québécois qui se réveille chaque fois qu’on le croit endormi. Il suffit de voir les réactions que suscite l’ouvrage de Frédéric Bastien (La Bataille de Londres) pour le comprendre. Un parti souverainiste est au pouvoir à Québec et le libéral Philippe Couillard veut reprendre les négociations constitutionnelles. 1982 est une blessure qui ne guérit pas.

L’opposition québécoise à la politique nationale de Trudeau avait renforcé l’aliénation de l’Ouest, déjà fortement ressentie à l’encontre du pouvoir central et du French Power. Celle-ci s’est muée en force politique, celle qui a mené au pouvoir Stephen Harper et qui récolte aussi l’appui d’une partie de la population qui, ayant bien compris le sens d’une charte des droits, celle que Trudeau a enchâssée dans la Constitution, invoquent leur liberté individuelle à l’encontre du pouvoir de l’État, que Trudeau le fils voudrait réhabiliter.

Le fils doit affronter les fantômes laissés par son père sur ce pays. Ce sera son premier combat.

 

 

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Cet article a d’abord paru dans le journal Metro de Montréal le 11 avril 2013.

Si les paradis fiscaux défraient la manchette depuis quelques jours, il serait plus important de tourner notre attention vers un phénomène bien plus grave, dont l’évasion fiscale n’est qu’une des manifestations, soit la croissance des inégalités sociales au Canada.

Au cours des vingt dernières années, la croissance de la richesse a bénéficié principalement aux plus riches pendant que les revenus de la classe moyenne ont stagné.

Les Canadiens composant la tranche du 1 % des plus fortunés accaparent aujourd’hui quelque 13 % des revenus au pays, soit près du double de ce que c’était il y a à peine un peu plus de vingt ans.

Une étude récente a montré que les inégalités sociales ont augmenté ces dernières années plus vite au Canada qu’aux Etats-Unis qui est pourtant le paradis… des inégalités.

Les réformes faites aux politiques fiscales canadiennes dans les années 1980 et 1990 sont une des causes de l’élargissement du fossé entre la minorité fortunée, qui ont été favorisées, et la multitude des travailleurs de la classe moyenne, soit la plupart d’entre nous.

Les baisses d’impôt ainsi que les baisses de taxes de vente décrétées ces dernières années, peuvent peut-être avoir soulagé en partie les familles. Mais ceux qui profitent le plus de ces baisses d’impôt sont évidemment ceux qui, à cause de leurs revenus élevés, devraient en payer plus. Les réductions d’impôt contribuent aux inégalités et ce d’autant plus que notre régime fiscal est moins progressif qu’il ne l’était.

Les crédits d’impôt consentis à ceux qui investissent dans des REER, des REE et des CELI, profitent surtout à ceux qui ont les moyens d’en mettre de côté.

Les congés fiscaux consentis aux entreprises n’ont pas, contrairement à la théorie, entraîné des investissements créateurs de nouveaux emplois non plus.

Les plus riches qui s’enrichissent investissent là où cela peut leur rapporter le plus, et ce n’est pas forcément au Canada, ce serait plutôt en Chine ou… dans les paradis fiscaux.

Tout le monde s’est indigné d’apprendre, par l’entremise d’un reportage de Radio-Canada, que 450 Canadiens détiendraient des comptes bancaires à l’étranger leur permettant de mettre à l’abri du fisc une partie de leur fortune.

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper s’est lui aussi rebiffé, menaçant même la télévision publique de poursuites si elle refusait de lui en remettre la liste.

Cette menace serait risible si le sujet n’était pas sérieux.

Tout comme l’annonce faite dans le dernier budget Flaherty de recourir à la délation pour réduire l’évasion fiscale.

Au lieu de faire semblant de s’offusquer de l’existence d’une poignée de tricheurs, alors qu’en d’autres temps le gouvernement les tolère sans rien dire, il devrait s’intéresser à ses politiques qui contribuent à la croissance de cette classe d’hyper-riches qui disposent des moyens de désobéir impunément aux gouvernements.

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